Le clonage humain et la condition filiale. Recherche de théologie morale
Présentation de la thèse
La naissance de la brebis Dolly le 5 juillet 1996 a ouvert la perspective de l’application à l’homme de la technique du transfert de noyau. Par ailleurs, à peu près à la même époque (en 1998), fut établie la première lignée de cellules souches embryonnaires humaines à partir de la masse cellulaire interne de l’embryon humain au stade blastocyste. Dès lors, deux grands champs d’application du transfert de noyau humain se dessinaient : son utilisation comme nouvelle technique biologique de génération d’une part ; comme moyen d’obtenir des cellules souches embryonnaires isogéniques d’intérêt scientifique et, peut-être, thérapeutique, d’autre part. Tout en distinguant ces deux applications, nous montrons qu’elles répondent l’une et l’autre à la définition du clonage humain.
Notre étude de théologie morale vise à cerner l’objet moral de ces actes. Nous les considérons selon leur signification morale objective. L’intention thérapeutique ne suffit pas à justifier la création puis la destruction d’embryons humains au stade blastocyste. Il faut aussi s’interroger sur la moralité de ce moyen par lequel les biologistes espèrent obtenir des cellules capables de régénérer des tissus ou des organes. De même, le désir d’enfant ne suffit pas à justifier n’importe quel moyen employé pour le réaliser. Il faut aussi se demander si la conception par transfert de noyau est conforme ou non aux valeurs attachées à la personne.
La méthode que nous suivons est rationnelle. Elle s’appuie sur des pensées philosophiques et elle accorde une large place aux études bibliques. Des arguments rationnels convergents permettent de soutenir que l’embryon humain in vitro issu d’un transfert de noyau est une vie humaine commençante, même lorsqu’il n’est pas question de l’implanter in utero. La manière de l’obtenir n’est pas respectueuse de l’être humain et conduit à son instrumentalisation. Sa destruction volontaire est contraire à la valeur de la vie humaine.
Le recours au transfert de noyau pour donner naissance à des enfants – projet qui n’a pas abouti à ce jour et que de nombreux états ont rendu illégal – soulève des questions fondamentales sur l’origine de la personne et sur le sens de l’identité personnelle. La recherche philosophique de Paul Ricœur dans Soi-même comme un autre et celle de Claude Bruaire dans L’être et l’esprit permettent de leur apporter une réponse. Puisque le soi est irréductible au même, et, plus encore, parce que le principe de l’identité personnelle est de nature spirituelle plutôt que biologique, un enfant conçu par transfert de noyau serait, comme tout autre, une personne appelée à devenir librement elle-même. Mais la manière dont il aurait été conçu comporte des significations objectivement contraires à cette donnée ontologique constitutive de la dignité spécifique de la personne. La prédétermination génétique est un abus de pouvoir, elle soumet l’enfant au « projet parental » d’une manière qui est sans commune mesure avec ce que l’humanité a expérimenté jusqu’à présent, elle ouvre la porte aux dérives eugéniques. Au plan des représentations sociales, elle semblerait frapper d’invraisemblance l’origine transcendante de la personne, condition de sa liberté.
Alors que la Bible ne comporte aucune réponse directe à la question de la moralité du clonage humain, elle est riche d’enseignements sur la nature et la signification de la paternité, de la maternité et de la filiation. L’étude biblique met en évidence la différence absolue qui doit être maintenue entre la génération d’un fils (d’une fille) et la fabrication d’un objet. La procréation doit être soustraite à la logique propre à la technique. La paternité divine, révélée en Jésus-Christ, est indissociable de la communion d’amour trinitaire. La figure de l’individu solitaire qui revendique un « droit reproductif » et n’admet aucune limite à sa réalisation, est tout à fait opposée à la figure de la paternité et de la maternité telle qu’elle apparaît à la lumière de la révélation trinitaire. La génération de vies humaines par transfert de noyau, qu’il s’agisse de disposer d’embryons humains ou de donner naissance à des enfants, est objectivement et radicalement contraire à la vérité de la condition filiale constitutive de la personne humaine et de sa dignité.
P. Jacques de Longeaux